Pratiques exemplaires pour un Urbanisme plus soutenable

A Québec, les Urbainculteurs cultivent la ville pour la rendre plus “comestible”


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Crédit photo : TerriStorias

Les Urbainculteurs aiment à se définir comme une "espèce en voie de réapparition", dont la vision de l’agriculture urbaine se nourrit de cette pensée de Victor Hugo : "L’utopie d’aujourd’hui est la réalité de demain".
Cependant, ils ne sont pas du genre à se contenter de rêver. Marie et Francis ont donc retroussé leurs manches et "cultivent" désormais la ville de Québec pour qu’elle devienne plus "comestible", transformant ainsi jour après jour leur utopie d’hier en une réalité couronnée de succès.

Qu’est-ce qui fait courir les Urbainculteurs ?

En cette belle journée de juillet 2011 propice au jardinage (ainsi qu’aux reportages en plein air !), j’ai rendez-vous avec Marie Eisenmann (co-fondatrice des Urbainculteurs) sur les toits de la ville de Québec, pour y visiter leurs réalisations tout en évoquant la genèse de leur projet.
Aujourd’hui responsable des relations clients et de la communication de l’OBNL Urbainculteurs (Organisme à But Non Lucratif), Marie est issue d’une formation en Sciences politiques. Depuis 2009, elle a fait le choix de s’investir dans la promotion de l’agriculture urbaine et du jardinage en ville, aux côtés de Francis Deneault (Responsable des opérations, après avoir travaillé dans l’hôtellerie et exploré les possibilités du Woofing1).


Marie Eisenmann

Marie Eisenmann - © TerriStorias

Pourquoi cet engagement ? Pour apporter des solutions pertinentes et locales aux enjeux environnementaux, sociétaux et urbains qui les interpellent.

Au cœur de leur réflexion se trouve la question de la distance parcourue par les aliments depuis leur lieu de production jusqu’à l’assiette du consommateur : 2500 km en moyenne au Québec (pays dont la population est à 80% urbaine, un peu plus qu’en Europe où la moyenne est de 70%). Les conséquences de ces circuits de distribution interminables ? Une dépendance alimentaire inquiétante, l’émission de gaz à effets de serre, l’encombrement des réseaux routiers et le suremballage requis par le transport… entre autres.
Or comme le souligne la revue française KAIZEN2 dans son dossier consacré à l’agriculture urbaine, la dépendance alimentaire accrue des villes vis-à-vis des transports, et donc des carburants, n’est pas anodine : "Selon le World Watch Institute3, le point de rupture est proche et la hantise du blocus alimentaire des villes européennes n’est plus une simple fiction… Et vous, que feriez-vous sans supermarché ?".

L’autre priorité des Urbainculteurs est de permettre aux personnes qui le souhaitent de consommer des fruits et légumes sains, exempts de produits chimiques et d’OGM (ce que l’agriculture traditionnelle ne leur permet plus), en s’occupant eux-mêmes à la production de leurs aliments.

Par ailleurs, les Urbainculteurs ont observé que la ville de Québec subit, comme de nombreuses agglomérations, des problèmes environnementaux liés à l’urbanisation, tels que l’imperméabilité des sols (qui empêche une absorption correcte des eaux de pluies) et la présence d’îlots de chaleur urbains4.

Les projets d’agriculture urbaine fleurissent en Amérique du nord : un phénomène dont on peut prendre la mesure en visionnant cette série de reportages à Montréal, Détroit et Toronto (accès aux pages contenant les vidéos par clic sur le nom des villes). Diffusion par Radio Canada, 17 mars 2012.

Face à cet ensemble de problématiques, les Urbainculteurs préconisent un développement massif de l’agriculture urbaine et du jardinage : des pratiques de nature à relever une bonne partie de ces défis.

En effet, ils estiment que les municipalités ont tout à gagner en facilitant la production de fruits et légumes là où ils sont consommés, c’est-à-dire en ville.
Tout d’abord, cela permet de valoriser l’image de la ville (auprès des touristes mais aussi des ménages et entrepreneurs en quête d’une ville d’accueil) grâce à l’embellissement obtenu par le verdissement d’espaces sous-utilisés, mais aussi par les retombées médiatiques de leurs engagements en matière de développement durable.
De plus, ces activités peuvent contribuer à créer des emplois non délocalisables, tout en améliorant le cadre de vie des citoyens : une opportunité de les mobiliser autour d’actions exemplaires menés par leur commune.
Enfin, les Urbainculteurs considèrent que les villes auraient tort de se priver des impacts positifs de l’agriculture urbaine sur l’environnement, parmi lesquels : la réduction des besoins en transport d’aliments et donc des pollutions associées, la création d’îlots de fraîcheur (par l’apport d’ombre et de végétal) et l’augmentation des surfaces perméables à même d’ absorber les eaux de pluie.

Quant aux habitants qui font le choix de cultiver leur potager, ils bénéficient du goût et de la qualité d’aliments biologiques ultra-frais, garantis de fait sans pesticides ni OGM.
Pour les plus précaires d’entre eux, cette solution économique et facile est la clé pour pouvoir consommer régulièrement des fruits et légumes frais, trop chers en magasin.
De plus, cette activité donne à chacun la possibilité de participer à l’embellissement de son quartier, tout en développant (dans le cas des jardins partagés) le lien social entre voisins.

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La tête dans les feuillages, mais les pieds sur terre, ils ont un plan pour rendre nos villes fertiles

Le développement à grande échelle de l’agriculture urbaine auquel aspirent Marie et Francis requiert d’amener les décideurs locaux à préférer les aménagements à la fois "comestibles" et décoratifs (arbres fruitiers, baies, potagers…) aux aménagements uniquement décoratifs (gazon, bacs à fleurs… très consommateurs d’eau). Comme le déclarait Francis avec humour lors d’une interview du journal Le Soleil en 20105 : "Nos ancêtres avaient le réflexe de planter des choses utiles. (…) Aujourd’hui, on se tue à avoir le plus beau gazon du quartier. Dans quel but?"

C’est donc une véritable transformation des relations ville-nature, mais aussi du rapport de chacun vis-à-vis de son alimentation, que proposent les Urbainculteurs.
Pour impulser et accompagner ces changements, Marie et Francis ont entrepris de démontrer aux décideurs locaux, mais aussi à leurs concitoyens, tout le potentiel de l’agriculture urbaine et du jardinage.

C’est ainsi qu’ils ont commencé, en 2009, par créer un lieu d’expérimentation et de démonstration, destiné à convaincre tous leurs interlocuteurs d’accueillir l’agriculture urbaine sur leurs toits et autres espaces urbains sous-utilisés.
Puis, ils ont développé des cours et des outils adaptés au jardinage en ville, afin de pouvoir faciliter la vie des aspirants-jardiniers québécois séduits par cette solution économique.
Enfin, ils multiplient les projets et collaborations qui leur permettent de "cultiver la ville", c’est-à-dire de planter potagers et vergers dans des lieux aussi éclectiques que des cours d’école, des maisons de retraite, des toits d’hôtels… et l’espace public.

Pour mettre en œuvre ces projets, les Urbainculteurs ont recours à deux types de techniques selon la nature des lieux :
- plantations en pleine terre : récupération d’espaces sous-utilisés pour y créer des aménagements comestibles (plates-bandes, cours d’immeubles…) ;
- plantations hors-sol (toits, balcons, murs…) ou sur sols non cultivables (parkings, friches polluées…) : installation de contenants optimisés pour le jardinage en ville (SmartPots, décrits plus loin).

Une équipe de 5 salariés (dont 2 à temps plein) assure l’installation et l’entretien de ces réalisations de plus en plus nombreuses, aidés en cela par les bénévoles de l’association.

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Sur le toit de Lauberivière pousse un lieu d’expérimentation, de démonstration et de partage

Cité plus haut, ce premier potager urbain réalisé par les Urbainculteurs sur près de 6000 pi² (557 m²) est installé en centre-ville, sur le toit de la Maison Lauberivière (le plus grand centre d’hébergement temporaire pour les sans-abris à Québec, qui les accompagne vers la réinsertion sociale).

Toit de Lauberivière avant aménagement - © Urbainculteurs


Après : le potager urbain de démonstration fournit
1,5 tonnes de légumes par an. - © TerriStorias

C’est dans le cadre d’un partenariat fondé sur le partage de ressources que les deux organisations ont décidé d’allier leurs activités : tandis que Lauberivière accueille gracieusement les Urbainculteurs sur son toit, ces derniers font profiter les cuisines du centre d’accueil de légumes frais et biologiques gratuits pour la préparation des repas.

Par ailleurs, les Urbainculteurs accueillent régulièrement des volontaires parmi les bénéficiaires du Centre : en échange de l’aide qu’ils apportent au potager, les bénévoles apprécient d’avoir accès à cette activité ludique en plein air, favorable au lien social, et d’acquérir progressivement un nouveau savoir-faire auprès des jardiniers.

Des bénévoles de toutes provenances viennent prêter
main forte - © Urbainculteurs

Aménagé en 2009, ce lieu est rapidement devenu la "vitrine" de leurs expérimentations, aidé en cela par des retombées médiatiques importantes qui ont contribué à faire connaître le projet.

Résultats spécifiques à ce projet
  • Difficile d’imaginer un circuit de distribution plus court et moins polluant que celui élaboré par les Urbainculteurs à Lauberivière, puisque les légumes produits sur le toit sont consommés au rez-de-chaussée du même bâtiment !
  • Comme l’indique la Maison Lauberivière sur son site à propos des récoltes fournies par les Urbainculteurs : "Frais, locaux et cultivés sans intrant chimique, ce sont des aliments de grande qualité très appréciés des usagers et des cuisiniers."6. Les cuisiniers, qui préparent plus de 500 repas chaque jour, apprécient également le gain de temps (moins de commande à passer grâce aux légumes livrés gratuitement par les Urbainculteurs : environ 1,5 tonnes par an).
  • Le potager des Urbainculteurs constitue un outil pour la réinsertion sociale des bénéficiaires de Lauberivière. En effet, certains continuent à aider au jardin après avoir quitté le centre d’hébergement, attachés à l’association qui les a accompagnés dans leur développement personnel.
"Cultiver" la ville, c’est aussi transmettre le savoir aux citoyens

Le potager de Lauberivière joue également un rôle important vis-à-vis des habitants de Québec, auxquels les Urbainculteurs transmettent outils, semences et savoir-faire.
En effet, face aux problématiques typiquement citadines (manque d’espace, budget réduit, méconnaissance des techniques de jardinage…), les Urbainculteurs ont développé des réponses adaptées pour encourager tous ceux qui voudraient s’y mettre, sans trop savoir comment :

- Information et sensibilisation : le public n’est pas nécessairement convaincu a priori, il est donc nécessaire de lui exposer les avantages du jardinage en ville, ainsi que toute l’aide qu’il peut trouver auprès des Urbainculteurs pour débuter facilement. C’est dans ce but que l’association accueille le public chaque semaine (les vendredis et samedis) sur le toit de Lauberivière et participe à des événements et salons.

- Formation : les québécois qui décident de se lancer peuvent bénéficier des cours gratuits animés par les Urbainculteurs, mettant ainsi toutes les chances de leur côté. Par exemple, du 26 mars au 22 mai 2012, ils proposent une série de conférences gratuites (durée 1h15) dans les bibliothèques de la ville, sur le thème : "ABC du jardinage urbain, avec ou sans terrain".
Une démarche visiblement appréciée par le public, comme le montrent les témoignages publiés sur la page Facebook de l’association, parmi lesquels celui de Danielle H. : "Merci pour la belle conférence de ce soir ! Votre passion est palpable et vous m'avez donné envie de faire mon premier mini-jardin moi aussi !"

- Achat groupé de plants, semences et contenants : en effet, les Urbainculteurs ont observé que le jardinage hors-sol (sur balcons ou toitures, dans les cours d’immeubles…) requiert d’utiliser des contenants optimisés. C’est dans cette optique qu’ils ont testé, avec succès, les SmartPots : des contenants de culture en géotextile qui permettent d’obtenir de bien meilleurs rendements qu’avec un pot classique. Ce produit ne pouvant être acheté qu'aux Etats-Unis, les Urbainculteurs s’en font livrer de grandes quantités, afin de pouvoir les proposer à tous au détail, au meilleur prix et sans transport additionnel (leur siège est situé au centre-ville de Québec). Sur le même principe, ils centralisent l’achat de plants et semences biologiques (généralement vendues à quelques dizaines de kilomètres de Québec) afin d’en faciliter l’accès aux autres jardiniers.

SmartPots - © Urbainculteurs

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Au fil des collaborations, les Urbainculteurs défrichent le champ des possibles

Pour eux, il est nécessaire d’aller bien au-delà de la démonstration pour accompagner le changement. C’est pourquoi ils sont présents au quotidien sur le terrain, pour donner vie à de nouveaux aménagements comestibles, récolter ce qu’ils ont semé, ou entretenir leurs nombreuses réalisations. Toutes sortes de publics bénéficient de leur initiative :

Les entrepreneurs : des interlocuteurs réactifs

Les entreprises ont tout à gagner en encourageant l’agriculture urbaine, et elles ne s’y sont pas trompées : elles ont été les premières à solliciter les Urbainculteurs, et la demande reste forte.
Elles visent notamment des bénéfices en termes d’image (affichage de leur responsabilité sociale et environnementale auprès des clients et des employés, embellissement…) et des retombées médiatiques. Mais c’est aussi pour elles le moyen, plus terre à terre, de valoriser les récoltes de leur potager auprès des employés, ou même des clients quand elles possèdent un restaurant, au lieu de payer transport et emballage pour des produits venus de loin.
Les toitures-jardins présentent aussi l’avantage de faire baisser la température du bâtiment de l’entreprise en été (le végétal "isole" le toit qui emmagasine donc moins de chaleur), réduisant les besoins en climatisation.

L’Hôtel du Vieux Québec, par exemple, a confié à l’association tout l’aménagement de sa la toiture : cheminements paysagers, potager et mêmes une ruche (pour la production de miel) ! Les récoltes bénéficient aux employés qui sont invités à y cueillir légumes et fines herbes.
Quant aux abeilles, elles se portent bien : leur nombre avait déjà doublé en juillet 2011 (50 000 individus au lieu de 25000 lors de leur installation 2 mois plus tôt).

Jardin potager sur le toit de l'hôtel - © TerriStorias


Récolte du miel urbain - © Urbainculteurs

Les enfants et les seniors : de réels adeptes du "retour à la terre"

Les Urbainculteurs ont également conduit des projets destinés aux enfants ou aux personnes âgées (dans des écoles, des maisons de retraite...), leur offrant un retour à la terre très apprécié.

Résultats spécifiques à ce projet
    Ces jardins permettent aux enfants, souvent nés citadins, de découvrir concrètement comment sont produits les fruits et légumes : une activité aussi récréative qu’éducative. Dans le cas du projet mené auprès du "Pignon bleu" (organisme dédié aux familles des quartiers défavorisés), un volet éducatif permet de leur enseigner comment se composer un déjeuner équilibré.
    Quant aux seniors québécois, qui sont souvent pratiqué le jardinage autrefois, ils retrouvent avec grand plaisir cette activité, qui présente aussi l’avantage de faciliter le lien social.

Enfants qui jardinent au Pignon Bleu - © Urbainculteurs

Les décideurs publics : des alliés indispensables pour agir à grande échelle

Les Urbainculteurs ont constaté que la mise en place de plantations comestibles dans l’espace public est plus complexe qu’avec des partenaires privés (processus de décision, intermédiaires, appels d’offres …).
Cependant, cela reste l’un de leurs grands objectifs, car c’est là que se joue le développement à grande échelle de l’agriculture urbaine à Québec.

A ce jour, grâce aux projets menés pour deux clients privés (les micro-brasseries "La Barberie" et "La Korrigane", situées au centre-ville de Québec), ils ont pu commencer à investir l’espace urbain au niveau des terrasses publiques de ces établissements. Un premier pas pour donner à voir la valeur ajoutée de ces aménagements décoratifs et comestibles : verdissement, variété des formes et couleurs, atmosphère conviviale…

Terrasse de La Korrigane avant son aménagement.
- © Urbainculteurs

Après : légumes, fines herbes, fleurs et plantes grimpantes agrémentent la terrasse de La Korrigane et le paysage.
- © Urbainculteurs

Espace qui accueille la terrasse de La Barberie l'été, avant aménagement. - © Urbainculteurs

Après : La Barberie offre une terrasse bordée d'aménagements décoratifs et comestibles. - © Urbainculteurs

Par ailleurs, les Urbainculteurs ont été directement sollicités en 2011 par un acteur public, l’OMHQ(Office municipal d'habitation de Québec), ce dernier ayant obtenu une subvention de l’INSPQ (Institut National de Santé Publique du Québec). Il s’agit de concevoir, en collaboration avec les architectes d’un nouvel immeuble de logements sociaux, un projet d’aménagement paysager et comestible sur 300m² de toiture.
Nous ne manquerons pas de vous tenir au courant de l’évolution de ce projet qui semble prometteur sur le plan social et écologique.

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Bilan

Des réussites indéniables

Le projet porté par les Urbainculteurs constitue un modèle d’application des concepts du développement durable au territoire, avec ses retombées économiques, sociales et écologiques.

  • Aspects économiques :
  • - Récoltes abondantes : la saison chaude est certes courte au Québec, mais elle est marquée par des températures élevées, ce qui permet in fine de récolter beaucoup sur cette courte période estivale.
    D’autre part, les toits de Québec, souvent plats, sont très adaptés à la pratique de l’agriculture urbaine : haut-perchées, les plants bénéficient d’un ensoleillement maximal et de la chaleur captée par le revêtement de la toiture.
    Enfin, les SmartPots utilisés par les Urbainculteurs et leurs clients offrent un rendement optimal pour les cultures hors-sol (grâce notamment à une meilleure aération du terreau et des racines, mais aussi en évitant la surchauffe que les racines subissent en pot conventionnel lors des journées chaudes).

    Quelques légumes produits sur le toit de Lauberivière © Urbainculteurs

    - Viabilité économique de l’OBNL Urbainculteurs, en développement rapide.
    L’association autofinance son activité, sans être dépendante de subventions publiques.
    La recette ? Grâce aux retombées médiatiques de leur "toit de démonstration" et à la visibilité de leurs premiers projets, les Urbainculteurs reçoivent de plus en plus de commandes pour de nouveaux aménagements.
    Ils ont par ailleurs mis en place des partenariats pertinents (ex : prêt du toit par Lauberivière) et obtenu le soutien d’organismes comme la Fondations GDG (dotation de 65000 $ canadiens en 3 ans pour le potager de Lauberivière).
    Ils réalisent d’autre part des économies grâce au choix technique des SmartPots : ces contenants en géotextile ont permis à l’OBNL d’alléger son "budget terreau", puisqu’ils peuvent désormais conserver cette matière première essentielle d’une année à l’autre (en stockant les contenants à l’abri pendant l’hiver).

  • Aspects sociaux et liés à la santé ::
  • - Aliments sains : en diffusant leur savoir-faire et leurs outils qui offrent un bon rendement, les Urbainculteurs permettent à tous leurs visiteurs de consommer des aliments ultra-frais et biologiques, dont ils maîtrisent la production (sans pesticides ni OGM).
    La Maison Lauberivière en témoigne sur son site , évoquant les récoltes fournies par les Urbainculteurs : "Frais, locaux et cultivés sans intrant chimique, ce sont des aliments de grande qualité très appréciés des usagers et des cuisiniers."

    - Accompagnement du changement : l’information et les conseils apportés par les Urbainculteurs permettent de réduire les blocages et réticences liés à la méconnaissance du jardinage. Les témoignages du public sur la page Facebook du projet en donnent un aperçu, comme ce commentaire de Danielle H. : "Merci pour la belle conférence de ce soir ! Votre passion est palpable et vous m'avez donné envie de faire mon premier mini-jardin moi aussi !".
    Du côté de Lauberivière, certains bénéficiaires du Centre d’hébergement témoignent de leur attachement au jardin, qui contribue à leur développement personnel, puisqu’ils reviennent travailler au potager avec les bénévoles même après avoir quitté le Centre.

    - Education : les jardins destinés aux enfants, comme celui du "Pignon Bleu", permettent de développer des programmes d’éducation alimentaire. Ils y apprennent comment sont produits les fruits et légumes, mais aussi comment se composer un déjeuner équilibré.

  • Aspects environnementaux :
  • - Circuits courts pour les fruits et légumes dont les producteurs sont aussi les consommateurs : chaque potager ou verger créé grâce aux Urbainculteurs (par leur soins ou par d’autres québécois) diminue d’autant les besoins en transport ainsi que les pollutions associées (gaz à effet de serre, suremballage…), inévitables dans le cas des ventes en magasin.

    - L’achat groupé de plants, semences et outils, pour toujours moins de déplacements inutiles : mise en place par les Urbainculteurs, cette initiative (pré-achat par leurs soins et revente au centre-ville de Québec) permet de rendre plus accessibles à tous les semences, plants et contenants, tout en limitant les déplacements de chacun.

    - Apport de végétal, d’ombre, de surfaces perméables… et embellissement du quartier : l’espace public profite de projets comme ceux des micro-brasseries qui ont fait appel aux Urbainculteurs pour aménager leurs terrasses au centre-ville de Québec.

    Aménagements comestibles le long de la terrasse de
    La Barberie. - © TerriStorias


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    Des difficultés à dépasser

    - Freins culturels : Marie nous explique qu’un important travail de sensibilisation est nécessaire pour que les décideurs acceptent de "transformer des plates-bandes en garde-manger" et dépassent certaines craintes et idées reçues. Jusqu’ici, le lobbying n’a pas encore porté ses fruits à Québec, bien qu’en pratique, on observe que les aménagements de terrasses publiques des deux micro-brasseries n’ont rencontré aucun problème de vandalisme.

    - Freins techniques : accès aux toits parfois interdit (règlementation) ; certaines toitures trop fragiles pour supporter le poids des jardins (au Québec, la question se pose surtout en hiver quand la neige vient ajouter son poids à celui des jardins) ; pas toujours d’accès à l’eau depuis les toits pour l’arrosage (voir les propositions des Urbainsculteurs à ce propos dans le paragraphe "Enseignements utiles").
    D’autre part, les Urbainculteurs ont observé que les jardins sur toiture subissent un vent plus fort qu’au niveau du sol. Celui-ci peut freiner la pollinisation, et nécessite une gestion spécifique des plants (ajouter des tuteurs pour les consolider, ou les contraindre à pousser horizontalement sans prendre de hauteur).

    - Freins organisationnels : un besoin en main d’œuvre très variable selon les saisons (très modéré en hiver, mais très important au printemps quand il faut réinstaller tous les plants pour l’été).

    Des enseignements utiles à retenir
  • Aspects stratégiques :
  • A ceux qui voudraient s’inspirer de l’exemple des Urbainculteurs, Marie recommande de miser au départ sur des partenariats avec le monde associatif (ex : Lauberivière) et des clients privés (ex : brasseries, Hôtel du Vieux Québec…) pour commencer à se faire connaître. Ils peuvent s’avérer très réactifs si l’idée d’un aménagement comestible leur plaît (que ce soit sur le toit, au niveau d’une plate-bande ou d’une terrasse…). Du côté des décideurs publics (municipalités, bailleurs…), les temps de décision étant plus longs, il vaut mieux avoir déjà fait ses preuves.

  • Aspects techniques :
  • Il existe un certain nombre de freins techniques à l’aménagement de jardins potagers sur les toits, qui représentent pourtant de grandes surfaces sous- utilisées. Forts de leur expérience, les Urbainsculteurs ont identifié 3 principaux points d’amélioration qu’ils souhaiteraient voir pris en compte par les architectes et les services d’urbanisme des municipalités, lors de la conception de nouveaux immeubles :

    - Robustesse accrue des toits d’immeubles : pour permettre un réel développement de l’agriculture urbaine, les toitures devraient pouvoir supporter le poids de jardins potagers (en pleine terre ou en contenants de type SmartPots selon les cas), en plus du poids de la neige pour les pays concernés.
    Au Québec par exemple, le poids de la neige est déjà pris en compte par les normes de construction, ce qui permet aux jardiniers urbains de cultiver sur les toits l’été sans risque.
    Mais l’hiver, même au Québec, il n’est pas toujours possible de laisser le jardin potager en place, quand le poids de la neige vient s’ajouter. De ce fait, il est souvent nécessaire de "déménager" le jardin avant l’hiver chaque année par mesure de sécurité, ce qui occasionne un travail fastidieux et qui pourrait être évité.

    - Normes de sécurité pour l’accès aux toits : là encore, il serait judicieux d’intégrer dès l’amont les installations requises par la loi concernant l’accès du public aux toits d’immeubles (ex : garde-corps, sorties de secours…). Cela est en effet indispensable pour que les jardiniers (qu’ils résident sur place ou viennent d’une organisation externe) soient autorisés à travailler sur le toit.

    - Arrivée d’eau pour l’arrosage : qui dit "agriculture" dit "arrosage"… il serait donc très pratique qu’une arrivée d’eau soit prévue sur le toit de chaque nouvel immeuble. Ainsi, si les occupants souhaitent doter leur toiture d’un jardin potager, ils ne seront pas freinés par cet aspect.

    Notre avis :
    Ce projet présente de nombreuses réussites, et le développement rapide de l’association démontre qu’elle a rencontré son public et que l’agriculture urbaine a le vent en poupe au Québec.
    En moins de 3 ans d’existence, les Urbainculteurs ont déjà accompli un part importante de leur mission de promotion de l’agriculture urbaine (avec leur toit de démonstration et ses retombées médiatiques, mais aussi leurs conférences gratuites) et réalisé des aménagements éclectiques et appréciés (auprès d’hôtels, de brasseries, d’écoles… sur les toits ou dans la rue, etc.) qui leur valent de nombreuses nouvelles commandes.
    Cependant, le déploiement à grande échelle de leur projet de ville "comestible" ne pourra se faire qu’avec l’accord et la participation des municipalités (pour l’accessibilité des toits, la transformation d’espaces sous-utilisés comme les plates-bandes en "garde-manger"…). Sans quoi le risque est que les Urbainculteurs ne puissent développer que de petits projets, toujours bénéfiques à l’échelle très locale, mais insuffisants pour faire face aux enjeux urbains visés (autonomisation alimentaire, îlots de chaleur, imperméabilité des sols, circuits de distribution longs de 2500 km…). Gageons que l’engouement de la population pour la proposition idéaliste mais pertinente des Urbainculteurs saura convaincre les décideurs de se rallier à cette stratégie gagnante pour les citoyens, l’économie locale, l’environnement, l’attractivité de la ville et sa sécurité alimentaire !

    Quant aux possibilités de transférer de cette expérience à d’autres pays, c’est bien sûr une question de contexte à étudier (climat, caractéristiques des toitures, rapport à l’alimentation…). Mais les bons rendements obtenus dans ces contrées nordiques du Québec, malgré une saison chaude très courte, laissent pour le moins entrevoir de grandes possibilités plus au sud ! Une alternative dont les territoires très dépendants seraient bien inspirés de s’intéresser : c’est notamment le cas de la région parisienne en France, qui ne produit 5% des fruits et 10% des légumes qu’elle consomme2.

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    Sources :
    • Notre entretien avec Marie Eisenmann (Urbainculteurs) en juillet 2011
    • Leur site WEB et leur page Facebook

    Pour en savoir plus :
    • Dossier "Vers la ville comestible" de la revue Kaizen de mars-avril 2012.
    Un nouveau magazine à découvrir absolument pour sa ligne éditoriale positive, et les nombreux projets concrets et inspirants que l’on peut y découvrir. Disponible sur abonnement ou dans les kiosques français (cliquez ici pour savoir où l’acheter près de chez vous).

    • Reportages vidéos de Radio Canada sur l’agriculture urbaine à Montréal, Détroit et Toronto.

    • Documentaire "Detroit passe au vert" (disponible en ligne sur le site d’Arte) : "la capitale déchue de l’automobile, voit fleurir des milliers de jardins dans ses arrière-cours, ses parcs et ses terrains vagues."

    Notes et références :

    1. Woofing : ce réseau international (World Wide Opportunities on Organic Farms) permet aux volontaires de prendre contact avec des fermiers bio, afin d’aller séjourner dans leur ferme, pour découvrir les techniques de l’agriculture biologique ainsi que leur mode de vie, en partageant leur quotidien. Voir le site d’origine ou le site de Wwoof France.

    2. Source : revue KAIZEN de mars-avril 2012, dossier "Vers la ville comestible".

    3. World Watch Institute : fondé en 1974 par Lester Brown (économiste américain), cet institut de recherche indépendant reconnu a pour but de permettre aux décisionnaires de prendre les meilleures décisions pour l’émergence d’une société soutenable, en accord avec les besoins humains. Pour cela, ils analysent et diffusent les stratégies innovantes et les données chiffrées relatives à ces défis cruciaux du 21e siècle : changement climatique, croissance de la population, dégradation des ressources et pauvreté.

    4. Les îlots de chaleur urbains sont des espaces urbanisés dont les températures sont plus élevées que les moyennes régionales, du fait de leur urbanisation ((transformation de sols initialement perméables et humides en surfaces imperméables et sèches) et de l’énergie dégagée par les activités humaines (ex : aéroports, forte présence de climatiseurs ou d’industries).
    Ces hausses de températures très locales peuvent affecter la qualité de vie des habitants, en particulier durant l’été (difficultés respiratoires, insolations…), tout en causant une hausse de la consommation d’énergie (du fait de la demande accrue de climatisation), de la pollution de l’air et de l’émission de gaz à effet de serre, etc.
    Il existe un certain nombre de mesures connues pour lutter contre les îlots de chaleur (végétalisation, climatisation passive, zones humides, surfaces claires…).
    Sources : epa.gov et Wikipedia

    5. Source : article de Lise Fournier, paru dans Le Soleil du 11/09/2010, sous le titre "Pourquoi pas un potager au lieu du gazon?".

    6. Source : http://www.lauberiviere.org/fra/toit-jardin.asp

    7. Idem

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    7 commentaires

    1. Marie Béïque /

      Bonjour,

      J’aimerais échanger mes vieux bacs blancs pour les nouveaux de feutre noir.

      Quand peut-on rencontrer Francis ou quelqu’un d’autre?

      Nous sommes le 17 juin 2012. Merci,

      Marie

    A vous la parole !