Pratiques exemplaires pour un Urbanisme plus soutenable

Ecobici : la fièvre du vélo gagne Mexico

Il est 7h du matin à Mexico, quelques centaines de milliers de personnes s’apprêtent à rejoindre leur lieu de travail et déjà, les avenues principales sont encombrées de voitures et de minibus, qui peinent à se frayer un chemin. Le trajet quotidien du Chilango (nom donné aux habitants de la capitale) vers son travail dure en moyenne 45 minutes. De chaque côté de l’avenue, quelques travailleurs pressés filent à vive allure sur leur vélo rouge estampillé Ecobici. Depuis la mise à disposition de vélos en libre service, en février 2010, la fièvre du vélo a gagné la capitale mexicaine et peu à peu, Ecobici bouscule les mentalités. Mexico vient d’être récompensée par le Prix du Transport Durable 2012 (Sustainable Transport Award), remis chaque année par le Transportation Research Board à Washington DC.

Crédit photo : alturl.com

Mexico, ville la plus polluée au monde dans les années 1990

La zone métropolitaine de Mexico (zmcm) avec ses 21 million d’habitants et ses quelques 2 000 kilomètres carrés de superficie, est l’une des villes les plus étendues au monde. La poussée démographique des années 1970 et 1980 s’est traduit par la difficulté croissante de relier entre-elles des zones de plus en plus éloignées. Le manque endémique de transports en commun provoque des embouteillages interminables ; les véhicules à faible capacité (voiture, taxis, minibus, etc…) encombrent les artères principales de la capitale. Aux 19% de particuliers, il faut ajouter les minibus collectifs, mieux connus sous le nom de peseros, dont le nombre n’a cessé d’augmenter depuis les années 1990. En cause, le démantèlement d’une partie des transports collectifs (le retrait de 4 000 autobus notamment) qui a encouragé le développement d’alternatives privées, qui ont rapidement saturé les voies de circulation de la capitale et ont réduit l’efficacité de l’ensemble du système de transport.

La prolifération de véhicules a également des répercutions importantes sur la qualité de l’air respiré dans la capitale. Les nombreux pics de pollution ont valu à Mexico le titre peu honorable de ville la plus polluée au monde par les Nations Unies en 1992.

Depuis, les gouvernements successifs ont eu à cœur d’inverser la tendance et des améliorations notables ont été réalisées : l’inauguration du Metrobus en 2005 (une ligne d’autobus qui parcourt deux avenues principales), les restrictions sur les anciens véhicules ainsi que la diminution des produits polluants par les industries, ont permis à Mexico de sortir de la zone rouge. Depuis 1992, le niveau d’ozone dans l’atmosphère a en effet diminué de 75%. Malgré tout, Mexico City reste en tête des classements des villes les plus polluées au monde. Il faut dire que les caractéristiques géographiques de la ville, stiuée en altitude et au creux des montagnes, contribuent à son désavantage : le taux d'oxygène dans l'air y est naturellement moins élevé, tandis que la pollution tend à stagner.

Ecobici, un très bon bilan

L’inauguration du programme Ecobici en février 2010 est venue compléter les nouvelles installations de transport public, et tend à améliorer la qualité de vie des habitants ; ainsi, près de 58% des usagers d’Ecobici empruntent un vélo public pour se rendre sur leur lieu de travail, diminuant ainsi le temps de transport.
Le vélo n’est pas seulement un moyen écologique de se déplacer, il est aussi le plus rapide aux heures de pointe et de plus en plus de Chilangos l’ont bien compris : 64% des utilisateurs Ecobici n’utilisaient pas le vélo comme moyen de transport avant l’arrivée de ce système public.

La Ville de Mexico a confié la mise en place et la gestion de ce service à l’entreprise Clear Channel, à travers sa marque SmartBike. Clear Channel est déjà présente dans huit villes dont Stockholm, Milan, Barcelone et en France où elle a pour la première fois développé un système similaire à Rennes en 1998.

Le système fonctionne sur la base d’une inscription annuelle de 400 pesos (24 euros environ), qui donne le droit aux 45 premières minutes d'utilisation gratuites. Contrairement au système Vélib à Paris, il n’est pas possible de bénéficier d’une inscription à la journée ou à la semaine, limitant ainsi l’accès aux habitants de la ville.
D'autre part, peu d’actes de vandalisme ont été enregistrés lors de la première année de fonctionnement, contrairement au système parisien Vélib, dont 40 % des 15 000 premiers vélos ont du être remplacés pour cause de vols ou de dommages.

Depuis l’apparition des premières stations dans le quartier de la Condesa, on compte désormais quelques 200 stations de vélos réparties dans la ville, 10 000 trajets journaliers et près de 60 000 abonnés. Ecobici en est déjà à sa troisième phase de développement avec l’installation de stations dans le quartier très huppé de Polanco. A cette date, on recense près de neuf Colonias (équivalent de quartiers) concernées par le projet.

Award

Mexico vient d’être récompensée par le Prix du Transport Durable 2012

Circuler à vélo est devenu plus sûr grâce à l’augmentation du nombre de cyclistes et l’ouverture de voies réservées. En effet, le chef de l’exécutif de la ville a souligné qu’Ecobici avait eu « une grande influence sur les comportements civiques des automobilistes », les rendant plus respectueux envers les autres usagers. En outre, l’avenue Reforma, longue de 24km, est désormais fermée à la circulation automobile tous les dimanches matin, ce qui a permis d’ouvrir de nouveaux espaces publics, même éphémères.

Le succès du projet repose notamment sur une communication efficace et interactive qui s’appuie avant tout sur les réseaux sociaux ; le compte Twitter compte plus de 28 000  « followers » et les abonnés peuvent connaître en temps réel la disponibilité à chaque station depuis leur smartphone, grâce à l’application gratuite. En effet, la majorité des utilisateurs ont entre 25 et 40 ans, dont une forte proportion d’étudiants et de cadres supérieurs. Ecobici a fait naître une véritable conscience écolo à l’image de cette vignette, postée sur la page Facebook du projet :

Traduction : Brûlez de la graisse, pas du carburant - © Ecobici

Un contrat qui fait débat

Le système d’inscription annuelle limite cependant le nombre d’utilisateurs aux résidents permanents de la capitale. De même, le prix à payer en cas de non retour, de l’ordre de 5 000 pesos mexicain (environ 300 euros), a soulevé de vives critiques en raison des possibles dysfonctionnements du système qui reviennent à pénaliser un utilisateur innocent.

Mais la critique se cristallise surtout autour du contrat qui lie la ville à l’entreprise Clear Channel, dont des associations d’utilisateurs ainsi que des députés mexicains ont dénoncé l’opacité. En échange du financement du système Ecobici, Clear Channel a bénéficié d’un accès privilégié aux espaces publics afin d’y installer des écrans publicitaires. L’association Bicitekas regrette ainsi que le gouvernement de la ville cautionne « la contamination visuelle » que représentent les écrans interactifs de Clear Channel, alors qu’il promeut dans le même temps, des actions visant à améliorer la qualité de vie des habitants.

Lors de la première phase, le gouvernement de la ville a investi près de 75 millions de pesos (environ 4,5 millions d’euros). Or le revenu mensuel de 345 000 pesos mexicain (un peu plus de 20 000 euros) que devaient générer ces espaces publicitaires pour le Secrétariat de l’Environnement n’a pas été reporté dans les comptes. Les phases deux et trois du système privilégient le financement public pour un coût élevé à 115 millions de pesos (environ 7 millions d’euros), dont une partie est prise en charge par les gouvernements des Colonias.

L’avenir sur deux roues

A travers le programme Ecobici, l’objectif affiché par la Secrétaire de l’Environnement de la Ville, Martha Delgado Peralta, est de réussir à imposer le vélo comme « un moyen de transport alternatif, à la fois sûr et fiable » Le défi est de taille pour une ville dans laquelle l’usage automobile ne cesse de progresser : la croissance du taux d'équipement automobile des ménages est en effet appelée à s’intensifier de 5% dans les quinze années à venir.

Le programme Ecobici fait partie intégrante d’un plan global lancé en 2007 sous le nom de « Plan Vert » (Plan Verde) et qui s’appuie sur sept piliers dont la propreté de l’eau, la lutte contre la pollution de l’air, la préservation des sols, et la gestion des déchets. En matière de transports, les avancées majeures visent à étendre le réseau public et à accroître la mobilité dans une ville sans cesse plus étendue. Ainsi, de nouvelles lignes de Metrobus, de Metro (une 12ème ligne) est ainsi que de Trolebus (équivalent du tramway) ont été aménagées et des bus fonctionnant avec des technologies propres sont à l’étude.

Les prochaines étapes du programme Ecobici doivent inclure de nouveaux quartiers afin que l’objectif des « 30 % des trajets quotidiens soit le fait de cyclistes [contre autour de 5 % aujourd’hui] comme dans les capitales européennes » a affirmé Martha Delgado Peralta.

Publié par : Juliette RAULT

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